Carré rouge/Carton rouge

Photo : Catherine Desroches-Lapointe

Je voulais vous parler de mon week-end touristico-touristique, avec mon tout premier match de hockey et les chutes Montmorency, mais j’ai envie de parler un peu d’actualité. Je ne l’ai pas fait pour le moment parce que j’ai d’abord été dans une période de rodage, du type « qui sont ces messieurs-dames à la télé ? », et puis une fois que j’ai commencé à comprendre à peu près les compétences politiques provinciales et nationales, les enjeux importants dans le pays et tout le tralala, je me suis demandée ce qui vous intéresserait (toujours cherche à intéresser son lecteur) et ça ne tombait pas forcément sous le sens. Je n’ai donc pas osé vous inonder de nouvelles, mais là, c’est important.

Je ne sais pas si l’information a traversé l’Atlantique pour venir résonner jusqu’à vos petites oreilles, mais ici, c’est la grève. Pour vous expliquer en quelques lignes, les étudiants québécois en grève se battent contre la hausse des droits de scolarité annoncée par le gouvernement Charest et prévue à l’automne prochain. La hausse, de 1625 dollars, va être répartie sur cinq ans.

Au coeur du débat sur la hausse des droits de scolarité, l’argument principal du gouvernement (les universités québécoises sont les moins chères du pays) s’oppose à celui des étudiants (si les droits augmentent, ce sont 7000 étudiants de moins dans les universités de la province, faute de pouvoir payer). Il faut déjà voir que beaucoup d’étudiants travaillent en dehors de leurs études (énormément comparé à la France) et que les bourses sont moins accessibles. Plus d’argent à débourser à chaque session, c’est logiquement plus d’heures de travail à réaliser chaque semaine.

Les étudiants rétorquent aussi que, certes, étudier à Québec coûte moins cher qu’en Colombie-Britannique ou en Ontario, mais qu’à plus grande échelle, des pays ont choisi la gratuité scolaire, ou d’autres, comme la France, ont un système boursier conséquent et des droits d’inscription universitaire faibles. Les systèmes universitaires français et québécois sont donc beaucoup comparés en ce moment dans la presse. Quand je leur dis qu’en étant boursière je paye 4,57 euros mon année à l’IUT, forcément ça les laisse plutôt rêveurs.

Au début je ne savais pas trop quoi penser de cette grève, je trouvais ça mou et plutôt invisible. La grève à la québécoise n’a pas grand chose à voir avec la grève tricolore. Je m’attendais à des blocages de la part des grévistes, ou à un minimum de grogne sur le campus, mais rien. Je lisais les communiqués des associations de départements ou de facultés qui annonçaient leur entrée en grève les unes après les autres, mais j’avais l’impression que rien ne se passait concrètement finalement. Ca c’était jusqu’à il y a une quinzaine de jours. Les grosses manifestations ont depuis vraiment commencé.

Jeudi 1er mars a eu lieu un gros rassemblement étudiant dans le centre de Québec, ils étaient entre 4000 et 5000 (ils étaient attendus plus nombreux mais il faisait vraiment très froid). Tout s’est très bien déroulé dans la première partie de la marche, et puis, à l’arrivée devant le Parlement, les gaz lacrymogènes ont fait irruption. Même des journalistes les ont subi. Je vous raconte ça d’après ce que j’ai vu à la télé et d’après ce que mes collègues de L’Exemplaire qui étaient présents sur place m’ont raconté.

Les rangs grossissent. Près de 130 000 grévistes sont à ce jour déclarés dans la province. Il est facile de les reconnaître ; ils arborent des petits carrés de feutrine rouge accrochés avec des épingles à nourrice. Autant dire que ces derniers temps, le rouge pullule sur les vêtements.

Pendant ce temps, la ministre québécoise de l’Education, Line Beauchamp, campe sur ses positions : « les étudiants doivent faire leur part ». Les étudiants ne se sentent pas écoutés, et le gouvernement donne effectivement l’impression de faire la sourde oreille.

Aujourd’hui mercredi a eu lieu une nouvelle manifestation, à Montréal cette fois-ci. Avec plus de violences. Un étudiant  a été gravement blessé à l’oeil lors des confrontations entre forces de police et manifestants cet après-midi. Il a été touché par un tir de flashball à bout portant. Nous avions eu le même cas en 2007 en France, et là-aussi, il y a des risques qu’il perde l’usage de son oeil.

Bref, ça bouge de plus en plus, et surtout de plus en plus fort. Mais on ne peut que déplorer de telles conséquences. Le mouvement #bloquonslahausse continue…

Line Beauchamp dans la foule. Photo : Catherine Desroches-Lapointe.

Devant le Parlement, jeudi 1er mars. Photo : Catherine Desroches-Lapointe

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5 réflexions sur “Carré rouge/Carton rouge

  1. Si tes amis Canadiens bloqueurs nous lisent, qu’ils sachent qu’ils ont tout mon soutien.

  2. Caradeeeec ! dit :

    Effectivement, c’est arrivé en France en 2007 et le procureur vient de demander la relaxe du flic… Procès en cours.

    Le coup des bouts de tissus pour désigner les grévistes, j’en ai déjà entendu parler. Ca devait être en 2007 justement, je crois que certains lycées français avaient pris cette solution. Le souci c’est le choix de la couleur, car le rouge est souvent associé à l’extrême gauche.

  3. Marion C dit :

    je crains qu’en France aussi, à la rentrée prochaine, avec notre nouveau Président, les frais d’inscription soient revus à la hausse et encore plus vraisemblable les critères retenus pour l’attribution des bourses à la baisse !

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