Archives Mensuelles: mars 2012

Valse avec Bachir L.

J’ai enfin eu l’occasion de voir Monsieur Lazhar. Si vous avez suivi la course aux Oscars, vous avez peut-être lu ce nom parmi les nominés de la catégorie « Meilleur film en langue étrangère ». Ce soir-là, Philippe Falardeau, le réalisateur, est reparti bredouille du Kodak Theatre de Los Angeles. Il avait peu de chance de remporter la statuette face au (magnifique) film iranien Une Séparation.

Le Québécois n’est pas resté les mains vides bien longtemps. Dans les semaines qui ont suivi, il a raflé, entre autres, les Génie et les Jutra du meilleur film, de la meilleure réalisation et du meilleur scénario. Ces deux cérémonies récompensent respectivement les meilleurs films au niveau canadien et québécois. La petite actrice Sophie Nélisse, 11 ans seulement, a quant a elle gagné un double trophée de meilleure actrice de soutien. Pas mal pour un début.

L’histoire ?

Celle d’une classe de primaire qui doit se remettre de la perte de sa maîtresse, qui s’est donnée la mort dans l’école en pleine journée. Arrive Bachir Lazhar, le remplaçant, d’origine algérienne. Avec ses méthodes différentes, il va bousculer le petit monde fermé de cette école québécoise et redonner des repères à ces enfants en détresse.

Je ne suis pas très bonne pour résumer ça, et je ne sais pas dans combien de salles le film est sorti ou sortira en France, mais si vous le voyez à l’affiche, n’hésitez pas (surtout les profs) ! Les petits acteurs sont très bons et l’histoire, simple, est vraiment touchante sans être nian-nian.

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Le magicien des couleurs

Titre hommage à l’un de mes livres jeunesse préférés.

Deux mois dans la neige c’est beau, c’est blanc, c’est bon, mais je ne suis pas fâchée d’avoir bénéficié de quelques jours de chaleur printanière. Le plus gros de la neige a fondu et je découvre enfin Québec sous un nouveau jour.

Adieu doudoune, sans rancune ! (L’art de parler trop vite. Aujourd’hui retour du vent qui brûle les pommettes et fait pleurer les yeux.)

Bon, maintenant reste plus qu’à attendre patiemment les bourgeons.

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J’aime !

Crédit photo : mcpene, Instagram

Cette image m’a fait sourire. Elle a été prise hier jeudi lors de la manifestation qui s’est déroulée à Montréal, toujours contre la hausse des droits de scolarité (sujet incontournable du moment). Je pense que vous en avez entendu parler, puisque même en Argentine et en Allemagne on a pu voir que ça avait été relayé. Les journaux ne sont pas d’accord sur les chiffres, La Presse titre 100 000 personnes dans la rue, alors que pour Le Devoir c’est 200 000… Il y avait  en tout cas un beau paquet de monde, mais tout s’est déroulé dans le calme.

Petite note météorologique : manifestation du 1er mars, environ-15°C à Québec, manifestation du 22 mars, 22°C à Montréal. Le ton monte, la température aussi !

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A la messe.

Si le hockey est une religion au Canada, j’ai été à la messe le week-end dernier.

Des baisers mouillés et des poings rageurs, je vous raconte ça bientôt !

Il vous faut savoir qu’à Québec, il n’y a plus d’équipe de hockey faisant partie de la LNH (ligue nationale de hockey). Si on veut voir des grands gaillards se battre, il faut soutenir le Canadien de Montréal. Les seuls matchs auxquels on peut assister dans la Capitale nationale sont donc ceux des équipes junior, qui évoluent dans la LHJMQ (ligue de hockey junior majeur du Québec). Généralement, le spectacle est donc moins impressionnant. Mais la catégorie junior, c’est aussi la première en terme d’âge pour laquelle le règlement autorise la bagarre sur le terrain. Ce n’est pas toujours bouillant, mais la chance a, paraît-il, était de notre côté ce soir-là puisque les dix loulous sur la glace (cinq dans chaque équipe) avaient l’air plutôt….remontés et enclins à se tâter du poing.

Petite remise en contexte, il s’agissait d’un match des Remparts de Québec contre les Wildcats de Moncton (ville du Nouveau-Brunswick, la province d’à côté). Les Wildcats ont fait une saison piteuse, Québec avait donc toutes les chances de l’emporter facilement.

On m’avait raconté que les arbitres laissaient les joueurs se battre sans intervenir et j’avais du mal à y croire. J’étais donc venue vérifier (en plus de prendre le pouls d’un soir de match). Au début, tous les accrochages entre joueurs étaient réprimés, et bien que je n’aime pas la violence gratuite, je dois dire que j’étais un peu frustrée. M’aurait-on menti ?

Pourtant, à mesure que la période de jeu s’écoulait, on a senti les joueurs se coller de plus en plus, ça s’envoyait valser et ça chauffait contre les vitres en Plexiglas toutes les deux minutes, et, ce qui devait arriver arriva : une bagarre ! Une vraie de vraie, sans les gants. C’est le signal. Les combats sont interdits entre joueurs tant que ceux-si sont gantés. Dès qu’ils s’en séparent, c’est parti ! Pour que vous imaginiez un peu la scène, le jeu s’arrête, les autres joueurs quittent le terrain, les trois arbitres viennent entourer les deux aspirants combattants, et go ! Selon la technique des gugusses c’est un spectacle de plus ou moins bonne qualité, mais c’est à se demander si on regarde toujours du hockey. Ai-je besoin de préciser que tout le monde trouve ça normal ?

Lorsque le casque d’un des deux tombe, ou que les coups commencent à pleuvoir un peu trop, là seulement les arbitres interviennent. Ils donnent l’impression de sortir d’un coup d’une sorte de torpeur, du genre « oula mais c’est interdit ce que vous faites les p’tits gars-là, allez allez on arrête ! ». Sauf qu’à la deuxième bagarre du match Remparts/Wildcats, les apprentis catcheurs n’avaient pas envie de se séparer. Les arbitres ont dû donner du leur pour stopper la bagarre, et on avait sur la glace un joli tas humain formé des deux joueurs et des trois arbitres par-dessus.

Le moment suivant est complètement irréel. Les arbitres punissent les joueurs et les accompagnent sur le banc de touche en les tenant par le dos du maillot, comme des petits enfants qui auraient fait une bêtise (qu’on leur aurait laissé faire).

Je ne vais pas vous raconter la partie, puisque même un petit québécois de 6 ans vous en parlerait mieux que moi, mais j’ai décidé de vous relater les autres moments qui m’ont marqué.

Parmi eux, le baiser ! Lors de la deuxième mi-temps, la kiss-cam est activée. La kiss-cam, quésako ? Des caméramans se promènent dans le public du Colisée Pepsi (un jour je vous parlerai des édifices qui portent tous des noms de marque) et sélectionnent au hasard des couples. Leurs trombines s’affichent alors sur l’écran central et ils sont censés s’embrasser. Le baiser le plus langoureux/chaud/original gagne, généralement avec l’approbation bruyante du reste des spectateurs. Le but ici étant de remporter une place pour le tirage au sort d’un voyage à la fin de la saison de hockey.

Timides les Québécois ? Pantoute ! On voit que l’initiative du baiser vient généralement de la fille, et certaines ont vraiment très envie de gagner le voyage ! Ca galoche donc pas mal et c’est plutôt rigolo.

Mais il y a aussi eu le moment gênant où se sont affichés à l’écran deux petits jeunots, visiblement pas en couple, que les huées de la foule ont forcé à s’embrasser timidement. Avec mes copines on s’est mises à penser « et si t’es avec ton frère, comment tu fais ? ». En tout cas, ce n’est peut-être pas l’endroit idéal pour inviter sa maîtresse en toute discrétion.

Les deux mi-temps sont ainsi ponctuées de tirages au sort divers, pour qu’une rangée du public gagne des pizzas, qu’untel qui a le numéro XX reparte avec des bons de réduction…

Autre fait marquant : l’absence totale de fair play ou de respect pour l’équipe adverse. Je n’ai jamais assisté à un match de foot en France, mais il me semble qu’on ne pourrit pas à tout prix les visiteurs sous prétexte que l’on est maître sur son terrain. Au Colisée Pepsi, chaque sortie de terrain de l’équipe « ennemie » a été soulignée à grand renfort de jingle type « Mario Bross accède au niveau suivant » et une voix bleuglant « avantage numériiiiiiiiiique » résonnait automatiquement, sous les hourras de la foule. « T’as vu, on vous écrase, on est les meilleurs ! » Dans le même ordre d’idée, j’ai trouvé presque impoli que les joueurs locaux fassent leur entrée sur un tapis rouge, au milieu d’une haie d’honneur composée de mini hockeyeurs, avec mascotte (passablement cocaïnée toute la soirée, il faut le dire) pour les accueillir et leur en taper cinq ; alors que dans le même temps les pauvres petits Wildcats faisaient leur entrée en catimini, presque en s’excusant d’être là. Différence de traitement plus que manifeste.

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Carré rouge/Carton rouge

Photo : Catherine Desroches-Lapointe

Je voulais vous parler de mon week-end touristico-touristique, avec mon tout premier match de hockey et les chutes Montmorency, mais j’ai envie de parler un peu d’actualité. Je ne l’ai pas fait pour le moment parce que j’ai d’abord été dans une période de rodage, du type « qui sont ces messieurs-dames à la télé ? », et puis une fois que j’ai commencé à comprendre à peu près les compétences politiques provinciales et nationales, les enjeux importants dans le pays et tout le tralala, je me suis demandée ce qui vous intéresserait (toujours cherche à intéresser son lecteur) et ça ne tombait pas forcément sous le sens. Je n’ai donc pas osé vous inonder de nouvelles, mais là, c’est important.

Je ne sais pas si l’information a traversé l’Atlantique pour venir résonner jusqu’à vos petites oreilles, mais ici, c’est la grève. Pour vous expliquer en quelques lignes, les étudiants québécois en grève se battent contre la hausse des droits de scolarité annoncée par le gouvernement Charest et prévue à l’automne prochain. La hausse, de 1625 dollars, va être répartie sur cinq ans.

Au coeur du débat sur la hausse des droits de scolarité, l’argument principal du gouvernement (les universités québécoises sont les moins chères du pays) s’oppose à celui des étudiants (si les droits augmentent, ce sont 7000 étudiants de moins dans les universités de la province, faute de pouvoir payer). Il faut déjà voir que beaucoup d’étudiants travaillent en dehors de leurs études (énormément comparé à la France) et que les bourses sont moins accessibles. Plus d’argent à débourser à chaque session, c’est logiquement plus d’heures de travail à réaliser chaque semaine.

Les étudiants rétorquent aussi que, certes, étudier à Québec coûte moins cher qu’en Colombie-Britannique ou en Ontario, mais qu’à plus grande échelle, des pays ont choisi la gratuité scolaire, ou d’autres, comme la France, ont un système boursier conséquent et des droits d’inscription universitaire faibles. Les systèmes universitaires français et québécois sont donc beaucoup comparés en ce moment dans la presse. Quand je leur dis qu’en étant boursière je paye 4,57 euros mon année à l’IUT, forcément ça les laisse plutôt rêveurs.

Au début je ne savais pas trop quoi penser de cette grève, je trouvais ça mou et plutôt invisible. La grève à la québécoise n’a pas grand chose à voir avec la grève tricolore. Je m’attendais à des blocages de la part des grévistes, ou à un minimum de grogne sur le campus, mais rien. Je lisais les communiqués des associations de départements ou de facultés qui annonçaient leur entrée en grève les unes après les autres, mais j’avais l’impression que rien ne se passait concrètement finalement. Ca c’était jusqu’à il y a une quinzaine de jours. Les grosses manifestations ont depuis vraiment commencé.

Jeudi 1er mars a eu lieu un gros rassemblement étudiant dans le centre de Québec, ils étaient entre 4000 et 5000 (ils étaient attendus plus nombreux mais il faisait vraiment très froid). Tout s’est très bien déroulé dans la première partie de la marche, et puis, à l’arrivée devant le Parlement, les gaz lacrymogènes ont fait irruption. Même des journalistes les ont subi. Je vous raconte ça d’après ce que j’ai vu à la télé et d’après ce que mes collègues de L’Exemplaire qui étaient présents sur place m’ont raconté.

Les rangs grossissent. Près de 130 000 grévistes sont à ce jour déclarés dans la province. Il est facile de les reconnaître ; ils arborent des petits carrés de feutrine rouge accrochés avec des épingles à nourrice. Autant dire que ces derniers temps, le rouge pullule sur les vêtements.

Pendant ce temps, la ministre québécoise de l’Education, Line Beauchamp, campe sur ses positions : « les étudiants doivent faire leur part ». Les étudiants ne se sentent pas écoutés, et le gouvernement donne effectivement l’impression de faire la sourde oreille.

Aujourd’hui mercredi a eu lieu une nouvelle manifestation, à Montréal cette fois-ci. Avec plus de violences. Un étudiant  a été gravement blessé à l’oeil lors des confrontations entre forces de police et manifestants cet après-midi. Il a été touché par un tir de flashball à bout portant. Nous avions eu le même cas en 2007 en France, et là-aussi, il y a des risques qu’il perde l’usage de son oeil.

Bref, ça bouge de plus en plus, et surtout de plus en plus fort. Mais on ne peut que déplorer de telles conséquences. Le mouvement #bloquonslahausse continue…

Line Beauchamp dans la foule. Photo : Catherine Desroches-Lapointe.

Devant le Parlement, jeudi 1er mars. Photo : Catherine Desroches-Lapointe

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